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Les villes privées libres – Titus Gebel

Titus Gebel est un entrepreneur allemand. Il possède un doctorat en droit international et est l’inventeur du concept des villes privées libres.

Pourquoi faut-il des «villes privées libres» ?

Pour qu’il y ait des alternatives. Nous proposons une offre à tous ceux qui ne sont pas satisfaits des systèmes politiques en vigueur. En effet, les démocraties occidentales deviennent de plus en plus envahissantes. Alors que le débat d’opinion politique se réduit, le poids de la réglementation et de la fiscalité ne cesse d’augmenter. Au lieu de ce modèle de «codétermination politique», nous proposons un contrat qui vous garantit la protection de la vie, de la liberté et de la propriété privée en échange d’un montant fixe. Les litiges entre vous et votre partenaire (la Free Private City) seront examinés par des tribunaux d’arbitrage indépendants. La différence cruciale avec les systèmes classiques est que l’opérateur de la ville privée libre ne peut pas prendre de plus en plus de pouvoir et interférer avec le mode de vie des résidents. Alors que les constitutions peuvent être modifiées – même contre la volonté des personnes concernées à condition que la majorité y soit favorable – les contrats eux, en revanche, ne peuvent être modifiés que si les deux parties contractantes y consentent. Au fond, ce qui importe c’est la plus grande autodétermination possible, et non la plus grande codétermination possible.

Comment doit-on imaginer concrètement la vie dans une «ville privée libre» ? 

Dans une ville privée libre, des prestataires de services novateurs comme Uber ou Airbnb ne sont pas interdits, mais trouvent leur place. Il existe des entrepreneurs privés qui proposent des services pour tout ce qui est demandé, des hôpitaux aux écoles et aux jardins d’enfants en passant par la collecte des ordures. Les résidents s’assurent à titre privé contre tous les aléas de la vie s’ils le souhaitent, ou créent des groupes d’entraide, que ce soit pour se protéger contre la maladie, le décès, le besoin de soins ou les accidents. N’importe qui peut proposer de nouveaux produits et services sans avoir à obtenir de permis ou de licence, et peut se faire payer dans la devise de son choix, y compris en bitcoins. Les travailleurs non qualifiés trouvent également leur place – en l’absence de réglementation sur le salaire minimum. Les nouveaux médicaments et traitements sont accessibles à tout adulte qui souhaite les tester en connaissant les risques éventuels. Les règles environnementales s’appliquent uniquement en cas de toxicité réelle, prouvée par une base scientifique. La criminalité et le vandalisme sont presque inexistants, on peut même laisser ses enfants sortir dans la rue la nuit en bonne conscience.

La politique ne monte pas les gens les uns contre les autres, car elle ne joue plus un rôle important. Il n’y a ni parlement ni banque centrale, mais une autonomie considérable. En raison du faible niveau de réglementation, les citoyens produisent de nombreuses innovations et atteignent un niveau élevé de productivité. Comme le commerce est libre, chacun peut tout importer sans payer de droits de douane et il n’y a pas d’impôts à payer en dehors de la contribution annuelle, même les personnes à faible revenu ont un niveau de vie élevé. Comme la monnaie et les taux d’intérêts ne peuvent être manipulés, le pouvoir d’achat des habitants augmente régulièrement grâce aux progrès de la productivité. Par ailleurs, il est possible de planifier sa retraite sans avoir peur de l’ingérence politique, et de la prendre quand on juge que ses revenus sont suffisants pour le faire.

L’activisme politique et les luttes pour obtenir des subventions ont pratiquement disparu. En effet, dans une citée libre les citoyens savent qu’ils ne peuvent pas interférer avec les contrats des autres et respectent donc leurs différences de point de vue. Les individus sont à nouveau responsables de leur propre bien-être et sont donc automatiquement plus sûrs d’eux, plus stables et plus réalistes dans leurs analyses. Au plus tard après deux générations, les villes privées libres seront plus prospères, plus libres et plus pacifiques que tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.

Dans ce cadre, n’est-il pas dangereux de coopérer avec les États existants ? Sont-ils des partenaires fiables ?

Les États ne coopèrent avec nous que s’ils en attendent des avantages. Prenez par exemple Hong Kong, Singapour ou même Monaco. Autour de ces villes-états s’est formé un cordon de zones densément peuplées et, par rapport au reste du pays, assez prospères. Leurs habitants travaillent souvent dans la ville-état voisine, mais paient des impôts dans leur pays d’origine. Si l’on suppose maintenant que de tels développements se produisent dans une zone auparavant structurellement faible ou complètement dépeuplée, l’État hôte ne peut qu’y gagner. 

L’État hôte a conclu un contrat avec l’opérateur de la ville qui est susceptible d’inclure des clauses communes de protection des investissements ; à cet égard, ce dernier risquerait d’être exposé à des créances financières considérables s’il venait à occuper la ville privée libre, ce qui pourrait également entraîner la saisie de ses actifs à l’étranger. Néanmoins, la ville privée libre s’efforcera de ne pas le laisser aller si loin, par exemple en combinant différents moyens tels que les relations publiques, les contacts diplomatiques avec d’autres États et une certaine capacité à se défendre qui, à tout le moins, ferait de la conquête de la ville privée libre une affaire onéreuse et périlleuse. Au demeurant, si la situation se présente, on pourrait faire remarquer à «l’envahisseur» que les habitants sont très mobiles et qu’ils quitteraient rapidement la ville, ce qui en ferait une proie moins intéressante. Très peu d’États ont une chance contre les grandes puissances et, dans cette mesure, il n’y a de souveraineté réelle que si les grandes puissances le permettent. Néanmoins, même les États puissants ne peuvent pas simplement occuper d’autres territoires sans justification supplémentaire. Cela amène d’autres puissances à entrer en scène et peut s’avérer dangereux sur le plan intérieur pour le ou les dirigeants concernés. Si ce n’était pas le cas, tous les petits États n’existeraient plus aujourd’hui.

Propos recueillis par Nicolas Jutzet

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