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Le féminisme et la liberté – Dr. Sharon Presley

Dr. Sharon Presley est la directrice exécutive de l’Association des féministes libérales (Association of Libertarian Feminists). Elle est co-éditrice de «Exquisite Rebel», une anthologie d’essais féministes libéraux rédigée par Voltairine de Cleyre, une écrivaine de la fin du XIXème siècle et début du XXème siècle.

Pourquoi tous les libéraux classiques devraient être féministes ? 

Malheureusement, certains libéraux classiques sont hostiles au féminisme, tel qu’ils le comprennent. Mais leur compréhension correspond plus aux stéréotypes qu’à la réalité. Les féministes ne sont pas toutes marxistes, et seulement une minorité se définit comme misandre. Beaucoup de féministes sont d’ailleurs mariées à des personnes du sexe opposé. En réalité, 61% des femmes américaines trouvent le terme «féministe» adéquat pour les décrire. Par ailleurs, historiquement, des nombreuses auteures connues étaient féministes. Aux États-Unis, on peut citer Susan B. Anthony, Alice Stone Blackwell, Elizabeth Cady Stanton, et en Angleterre Mary Wollstonecraft et Emmeline Pankhurst. Voici ce que les experts linguistiques disent du féminisme : Le dictionnaire en ligne Oxford Languages définit le féminisme comme «la défense des droits des femmes sur la base de l’égalité des sexes».  Britannica définit le féminisme comme suit : «À la base, le féminisme est la croyance en la pleine égalité sociale, économique et politique des femmes».

«Égalité entre les sexes» Cela semble-t-il radical ? Bien sûr que non. C’est d’après moi identique au concept libéral d’égalité des droits. «Les libéraux classiques croient en des droits égaux entre les individus sans exception et en tout temps», tels que soutenus par le parti libertarien. David Boaz, vice-président du Cato Institute, écrit : «Parce que les individus sont des agents moraux, ils ont le droit à la sécurité, la liberté et la propriété. Ces droits ne doivent pas être assurés par un gouvernement ou une société, mais sont inhérents à la nature humaine». Il me semble donc logique que tout libéral classique soit un féministe, un défenseur de l’égalité.

Pourquoi toute personne qui se soucie de l’égalité entre les genres devrait-elle être libérale classique ? 

Il y a plusieurs années, j’ai répondu à cette question dans une contribution de l’Association des féministes libérales : 

«Si une femme vous dit, «je veux être libre de la domination des hommes», mais qu’elle choisit un mari tyrannique, non seulement au niveau de son soutien financier, mais aussi concernant des décisions sur sa vie privée et sociale, vous considérerez vraisemblablement qu’elle est inconsciente. Actuellement, c’est le paradoxe de nombreuses féministes au niveau politique. Elles disent vouloir se libérer de la domination des hommes mais demandent des faveurs et des aides à un gouvernement constitué d’hommes (par exemple, des crèches publiques). Elles prétendent rejeter les modes de pensée et d’action autoritaires qui ont caractérisé les hommes tout au long de l’histoire, mais font volte-face et préconisent les mêmes vieilles méthodes autoritaires que les hommes ont toujours utilisées (impôts, taxes, plus de contrôles gouvernementaux, etc.) 

Je poursuis en expliquant :

«Les libéraux classiques pensent que nous ne pouvons pas atteindre une société non autoritaire par des moyens autoritaires. Si nos objectifs sont l’autonomie et la liberté individuelle, nous ne pouvons pas les atteindre en retirant aux individus le droit de choisir eux-mêmes. Si nous adoptons des lois qui imposent nos valeurs aux autres, nous ne valons alors pas mieux que les hommes qui ont imposé les leurs par des lois… Toutes ces méthodes sont basées sur le même modèle autoritaire que la famille patriarcale sexiste. La prise de décision est centralisée dans une figure d’autorité. Dans un cas, il s’agit du père ; dans les autres, des politiciens ou du comité central. Par ailleurs, des moyens indirects sont utilisés pour obtenir l’obéissance, comme les pressions psychologiques, culturelles ou la menace de la force physique».

C’est pourquoi j’affirme que les autres philosophies politiques ne combattent pas aussi systématiquement le patriarcat que le libéralisme classique. 

Mais, pour de nombreuses féministes non libérales, nous avons besoin du gouvernement pour nous protéger. En réalité, nous avons juste besoin de bons politiciens (l’idée implicite est que ces féministes peuvent et doivent faire partie de ce gouvernement). Mais ce que le gouvernement finance, il le contrôle. Il n’y a aucune base historique pour supposer que le gouvernement va soudainement être différent avec une nouvelle génération de politiciens. Le système est intrinsèquement autoritaire et aucune solution libérale ou décret socialiste ne peut changer sa structure.

À ce stade, les non-libéraux se demandent peut-être : qui va nous protéger des escrocs, des meurtriers, des invasions, etc. J’assure mes lecteurs que les libéraux ne croient pas qu’il faille simplement laisser les gens se déchaîner. En réalité, de nombreux libéraux ont écrit sur les moyens non coercitifs de maintenir une société décente et libre. L’un de ces ouvrages est «The Machinery of Freedom» de David Friedman. La clé est qu’aucun gouvernement ou individu n’ait le monopole sur l’usage de la force.

En termes pratiques, nous devons dès maintenant envisager des approches non gouvernementales pour traiter de l’égalité et de la liberté. Le livre de Friedman est un bon point de départ.  Discuter de ce sujet de manière adéquate dépasse le cadre de cet essai mais aujourd’hui, il existe beaucoup plus d’approches pour traiter des questions sociales, que ce que les gens pensent. L’Institute for Justice, un cabinet d’avocats libéraux, a par exemple défendu des coiffeuses qui ne pouvaient pas ouvrir leur salon à cause de la bureaucratie gouvernementale. Les édits gouvernementaux ont souvent des effets néfastes sur les femmes, et plus particulièrement sur les femmes de couleur.

Il existe déjà des exemples de services fournis par des acteurs privés (par exemple, la gestion de déchets, les pompiers, les écoles). Ces services privés concernent les tribunaux et la police privés, les sociétés d’aide mutuelle, les routes et les soins médicaux. Certains auteurs ont écrit sur des services sociaux privés de qualité dans le passé, notamment David Beito et d’autres dans «The Voluntary City» ou le nouveau livre «After the Welfare State». Les anarcho-syndicalistes, membres de la Confédération nationale du travail (CNT) ont assuré le fonctionnement de l’eau, de l’électricité et de la distribution du courrier en Espagne catalane tout en combattant les fascistes de 1936 à 1939. 

Je terminerai par une autre citation de mon essai sur le libéralisme et le féminisme : «Les féministes, en raison de leur conscience aiguë du caractère destructeur de l’autoritarisme, devraient être désireuses de se joindre aux libéraux pour explorer des alternatives non autoritaires et non coercitives au gouvernement. Nous apprenons à nous libérer de Big Brother, tant sur le plan politique que sur le plan psychologique. Dans les deux cas, nous n’avons pas besoin de lui».

Notes de bas de page : 

1. https://www.pewresearch.org/fact-tank/2020/07/07/61-of-u-s-women-say-feminist-describes-them-well-many-see-feminism-as-empowering-polarizing/

2. David Boaz, https://www.cato.org/commentary/key-concepts-libertarianism

3. Sharon Presley, «Libertarianism and Freedom», Association of Libertarian Feminists Discussion Paper, 1974.

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